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Chronique tactique

24 novembre 2015 - 19:17

Je vous propose de lire un article écrit par Florent TONIUTTI,

Retrouver toutes ses analyses sur son site internet: http://www.chroniquestactiques.fr/

Real Madrid 0-4 FC Barcelone, l’analyse tactique

by Florent Toniutti · 22 novembre 2015

 « Un naufrage collectif causé par le rejet d’un entraîneur », voilà une manière de résumer la performance du Real Madrid face au FC Barcelone samedi soir. Les Madrilènes avaient pourtant été convaincants lors de leur répétition face au PSG il y a quelques semaines. Mais ce jour-là, certains « cadres » n’étaient pas là et l’équipe avait compensé par plus de discipline… Une rigueur totalement absente de leur performance d’hier, sanctionnée par un Barça qui a récité son football pour s’imposer et s’envoler en tête de la Liga.

Les compositions : 

C’est un Real Madrid pour la première fois au complet depuis plusieurs semaines qui se retrouve face au FC Barcelone. Incertain avant le match, Benzema est finalement titularisé en pointe. Ce n’est pas le cas de Messi dans l’autre camp : lui aussi de retour de blessure, l’Argentin est préservé et reste sur le banc de touche au coup d’envoi. Très bon depuis qu’il enchaîne les matchs, Sergi Roberto le remplace sur l’aile droite.

FC Barcelone vs Real Madrid - Football tactics and formations

Le Real Madrid, comme face au PSG : 

Cela a été évoqué en introduction : en affrontant le PSG il y a quelques semaines, le Real Madrid s’était offert une belle répétition en vue de ce premier Clasico de la saison. Car si Paris n’est pas le Barça en terme de niveau de jeu, il partage tout de même quelques points communs avec la formation catalane, notamment lorsqu’il s’agit de prendre son temps au milieu de terrain pour préparer les attaques.

Comme Paris autour de Motta et Verratti, le Barça aime tenir le ballon dans l’entrejeu et le faire tourner en attendant de trouver la brèche qui lui permettra de faire mal à l’adversaire. En Ligue des Champions, le Real Madrid avait réussi à faire de cette habitude de son adversaire un avantage. L’équipe avait ainsi mis le PSG en difficulté grâce à un pressing efficace, permettant d’asphyxier les milieux adverses en réduisant les espaces autour d’eux au fil de leurs redoublements de passes (lire : PSG 0-0 Real Madrid, l’analyse tactique).

Ce système de jeu, qui vise à donner des ballons d’attaque rapide à Ronaldo, Bale ou Benzema lorsqu’il fonctionne, le Real le répète durant les premières minutes de jeu du Clasico. On retrouve exactement le même fonctionnement avec des attaquants qui font les efforts en première ligne pour cadrer la relance et des milieux efficaces pour bloquer leurs homologues catalans.

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Début de match : le Real apparaît en place. Benzema et Ronaldo font les efforts en première ligne pour cadrer la relance du Barça.

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Dans l’entrejeu, Kroos et Modric sont au contact de Rakitic ou Iniesta. Sur cette séquence, l’Allemand empêche le Croate de se retourner.

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Sans solution pour libérer le ballon, Rakitic est pris par le retour de Benzema et perd le ballon.

Benitez, lâché par la BBC : 

Malheureusement pour leurs supporters, les Madrilènes vont vite déchanter. Car sans l’implication des attaquants, impossible de récupérer le ballon avec ce système. Après quelques minutes sérieuses, la BBC va complètement se désengager du travail défensif. Indispensables pour maintenir une pression sur le porteur lorsque le Barça redouble les passes avec ses défenseurs, Benzema et Bale disparaissent de la circulation et ouvrent le champ libre à Mascherano, Piqué ou Busquets.

Pour compenser une absence de Ronaldo, resté sur l’aile droite après un mouvement offensif, le Gallois se retrouve même à défendre côté gauche, laissant son attaquant seul entre Busquets, Piqué et Mascherano. C’est le coup d’envoi de la première réelle séquence de domination du Barça, qui s’achève par l’ouverture du score de Suarez (11e).

avantlebut

Quelques secondes avant le but, le Barça profite de la désorganisation totale de son adversaire. Piqué et Busquets peuvent redoubler les passes sans souci alors qu’un joueur madrilène aurait dû se retrouver dans leur zone (Ronaldo ? Benzema ? Kroos ?).

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Busquets est le grand bénéficiaire de ce relâchement de la première ligne du Real. Intercalé entre le milieu et l’attaque adverse, il va servir de rampe de lancement à Sergi Roberto, passeur décisif sur l’ouverture du score (11e).

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La BBC, complètement déconnecté du reste du bloc-équipe.

Ce premier but a le don de réveiller les attaquants madrilènes, qui décident de refaire quelques efforts dans les minutes qui suivent. Mais ces derniers ne pèsent pas lourd face à une équipe de Barcelone qui donne l’impression d’avoir fait le plus dur en ayant pris l’avantage, et récite maintenant son jeu. 

Malgré quelques frayeurs dans ses 30 mètres, notamment sur des relances trop courtes de la part de Bravo (tir de James, 27e), le Barça développe plusieurs séquences de très haut niveau pour déjouer le pressing madrilène. Portés par Busquets et Iniesta, les Blaugranas sortent de leur moitié de terrain sans difficulté et arrivent lancés sur une défense madrilène qui ne peut que tenter de limiter la casse.

Un Real sans plan B : 

Totalement impuissant, le Real Madrid ne semble en mesure de vivre dans ce match que sur ses ballons de récupération dans l’entrejeu ou dans le camp adverse. Une situation impossible à tenir puisque le gain de ces ballons dépend de l’implication défensive d’attaquants qui manquent clairement de volonté depuis le début de la rencontre.

Car dans leur moitié de terrain, les Madrilènes ne contrôlent rien. En phase défensive, défenseurs et milieux souffrent encore une fois du manque d’implication de leurs attaquants (lire : Clasico : l’analyse du but d’Iniesta), eux qui avaient pourtant su resserrer les rangs face au PSG dans les mêmes conditions. Mais c’est surtout lorsqu’ils remettent le pied sur le ballon que les joueurs de Rafa Benitez sont sans solution.

Les distances sont en effet beaucoup trop importantes entre les joueurs chargés de la relance (Varane, Ramos, Kroos, Modric) et les autres. Un manque de cohésion que le Barça exploite pleinement en envoyant Iniesta, Rakitic et parfois même Busquets aux avants-postes pour accompagner Suarez et couper les lignes de passes entre les Madrilènes.

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Le quatuor offensif du Real est bien trop éloigné du reste du bloc pour pouvoir offrir de réelles solutions.

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Les Catalans profitent de ces longues distances entre les Madrilènes pour aller les mettre sous pression et les pousser à la faute.

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Résultat, un Real coupé en deux, qui rend la balle au Barça très rapidement et ne peut en plus rien faire pour empêcher la transition offensive.

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Une séquence symbolique dans ce match, avec quatre Madrilènes sous pression dans leur camp… et cinq en position de hors-jeu.

Ces lacunes au moment de relancer sont directement à l’origine du second but du Barça, inscrit par Neymar peu avant la mi-temps (43e). L’action part en effet d’un ballon perdu par Modric. Un déchet inhabituel pour le Croate mais qui s’explique par le manque de solutions autour de lui sur cette séquence.

Juste avant la mi-temps, le Real doit même s’en remettre à un sauvetage sur sa ligne de Marcelo pour rester dans le match. Au retour des vestiaires, on pense d’ailleurs la Maison Blanche capable de revenir alors qu’elle se crée les premières occasions (Marcelo 46e, James 47e, Bale 48e).  Ce renouveau n’est toutefois que de courte durée puisque les Blaugranas répondent et inscrivent le 3ème but, mettant fin à toute forme de suspense pour la dernière demi-heure (Iniesta, 53e). 

Un Barça « simplement sérieux » :

Et l’équipe de Luis Enrique dans tout ça ? Sa qualité technique lui a permis de profiter pleinement du naufrage collectif des Madrilènes mais elle n’a pas non plus réalisé une grande performance, qui serait digne de la Manita de 2010 par exemple. A l’inverse de leurs adversaires, les Catalans ont simplement mis de la rigueur et de l’implication dans tout ce qu’ils ont accompli, offensivement comme défensivement. 

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Si le manque de cohésion du Real Madrid a facilité la tâche du Barça, encore fallait-il que les efforts soient faits pour en profiter et isoler Modric.

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En phase défensive, les Catalans ont aussi fait preuve de rigueur, ne laissant que le seul Suarez aux avants-postes.

Individuellement, tous les joueurs ont aussi répondu présents. Les lacunes des Madrilènes ont notamment permis à Iniesta et Busquets de briller dans l’entrejeu. Devant, Sergi Roberto et Neymar ont aussi exploité les failles dans le bloc madrilène en repiquant dans l’axe pour profiter des nombreux espaces abandonnés par leurs adversaires.

Appliqués et impliqués, les Catalans sortent de Santiago Bernabeu avec une victoire méritée et fondatrice pour Luis Enrique, qui n’avait jamais autant dominé son plus grand rival : avant ce week-end, il fallait même remonter à décembre 2011 (!) pour trouver trace d’un succès du Barça sur le Real par plus d’un but d’écart (3-1).

Conclusion : la dernière de Benitez ?

Depuis le coup de sifflet final, la question fait tous les gros titres du côté de la capitale espagnole : Rafa Benitez a-t-il déjà épuisé tout son crédit en tant qu’entraîneur du Real Madrid ? Ce qui est sûr, c’est que les comportements de certains joueurs lors de ce Clasico marquent clairement la fracture qui existe entre le coach et le vestiaire (une partie ?). Selon certains, l’équipe alignée hier était celle souhaitée par les joueurs (et les dirigeants…). Benitez aurait fait ce choix pour apaiser les tensions… il a finalement donné à ses détracteurs les clés pour faire voler en éclats ce qu’il semble avoir voulu de mettre en place depuis son arrivée.

Son échec, en cours, permet de mesurer encore un peu plus ce qu’a pu accomplir Carlo Ancelotti avec cette équipe en allant décrocher la Décima en 2014. Certes, l’Italien s’appuyait sur un effectif bien plus équilibré qu’aujourd’hui, mais il avait surtout su l’animer malgré le manque d’implication de certains joueurs en phase défensive.

Son système de jeu hybride lui permettait de s’appuyer sur l’activité de Di Maria et Modric, couverts par Xabi Alonso, pour aller chercher l’adversaire dans le camp adverse (4-3-3) sans avoir à demander beaucoup d’efforts à la BBC. Défensivement, le passage en 4-4-2 lui permettait de décharger Ronaldo et Benzema du travail défensif en s’appuyant sur deux lignes de quatre en place autour de leur surface de réparation. Une capacité d’adaptation et un pragmatisme qui lui ont permis de gagner le respect du même vestiaire…

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