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Chronique tactique

26 novembre 2015 - 18:58

Je vous propose de lire un article écrit par Florent TONIUTTI,

Retrouver toutes ses analyses sur son site internet: http://www.chroniquestactiques.fr/

Lyon 1-2 La Gantoise, l’analyse tactique

by Florent Toniutti · 25 novembre 2015

Mardi soir, le Stade Gerland a dit adieu à la Coupe d’Europe sur une défaite face à La Gantoise (1-2). Alors qu’ils auraient pu se relancer dans la course à la qualification en cas de victoire, les Lyonnais se sont montrés beaucoup trop passifs en première mi-temps, laissant jouer un adversaire qui a su intelligemment en profiter.

Les compositions : 

Pourtant, ça bouge à l’OL au coup d’envoi : pour ce 5ème match de Ligue des Champions de la saison, Hubert Fournier décide de changer de système. Beauvue débute sur le banc et laisse sa place aux côtés de Valbuena et Lacazette à Ghezzal. Plutôt que de rester en losange, L’OL débute la rencontre en 4-1-4-1 avec un trident composé de Ferri, Malbranque et Tolisso dans l’entrejeu.

Du côté de La Gantoise, on ne change pas une équipe qui a battu Valence lors de la journée précédente. Hein Vanhaezebrouck reconduit à la fois son 3-4-3 et les onze joueurs qui avait choisi pour débuter face aux Espagnols.

Lyon vs La Gantoise - Football tactics and formations

La passivité lyonnaise offre la maîtrise à La Gantoise : 

L’opposition 3-4-3/4-1-4-1 pose déjà un problème « sur le papier » pour l’OL : comment contrôler trois défenseurs avec le seul Lacazette à la pointe de l’attaque. En plus, La Gantoise n’a besoin que d’une poignée de secondes pour profiter de cet avantage. Les défenseurs font circuler le ballon entre eux, profitant du fait Lacazette n’est pas accompagné par Valbuena ou Ghezzal. Les deux ailiers sont en effet fixés sur les latéraux adverses.

Résultat, les Belges avancent facilement jusqu’au niveau de la ligne médiane. Dans la foulée, c’est leur allant offensif qui leur permet de mettre la défense lyonnaise en difficulté. Non contents d’avoir déjà trois solutions devant contre la défense à quatre des Lyonnais, les Belges s’appuient sur les montées conjointes de leurs latéraux, Saief et Foket pour offrir des solutions sur les extérieurs.

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Mitrovic sert Nielsen qui a tout le temps de se mettre dans le sens du jeu.

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Ghezzal suit la montée de Foket et ouvre le champ libre au défenseur adverse. Lacazette a beau revenir, ce dernier a le temps d’ajuster son ouverture vers l’aile opposée où Milicevic (face à Rafael) est accompagné par Saief.

Très rapidement, un premier scénario se met en place avec une équipe de La Gantoise en possession du ballon et des Lyonnais qui doivent boucler les espaces derrière. Les Belges font tourner le ballon aux abords de la ligne médiane en profitant de la passivité des milieux adverses. Les attaques sont ensuite déclenchées par des renversements de jeu (de Mitrovic, Nielsen ou Kums) qui permettent de lancer un attaquant et un latéral à l’opposée de la zone de construction.

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Lacazette et Malbranque laissent trop d’espaces à Mitrovic. Le défenseur en profite pour renverser le jeu vers Foket.

Mais malgré ce début de maîtrise belge, c’est bien l’OL qui ouvre le score par l’intermédiaire de Ferri (7e). Car si la Gantoise a la maîtrise du ballon, les Lyonnais répondent présents sur les phases de transition. Que ce soit à la récupération du ballon ou à la perte de celui-ci, les joueurs d’Hubert Fournier apparaissent plus tranchants sur leurs premières touches de balle dans ces premières minutes. Les contres et les ballons qui traînent tournent souvent à leur avantage.

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L’ouverture du score lyonnaise part d’un ballon gratté par Ferri consécutif à un tir de Bedimo mal renvoyé par Nielsen (7e).

L’OL recule, La Gantoise s’adapte : 

Ce but encaissé a le don de réveiller la formation belge, qui manquait jusque-là d’agressivité dans les zones chaudes. Déjà en possession du ballon, elle va en plus profiter du recul de l’Olympique Lyonnais. Car depuis son banc de touche, Hubert Fournier a détecté les problèmes posés par les montées conjointes de Saief et Foket sur les ailes.

Le latéral droit de La Gantoise est le joueur le plus recherché durant le premier quart d’heure de jeu. Depuis le flanc gauche, Kums et Mitrovic réussissent plusieurs transversales pour le lancer. En réaction, l’ancien coach du Stade de Reims demande à Ghezzal de reculer afin de suivre son adversaire direct, quitte à se retrouver sur la même ligne que ses défenseurs.

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En demandant à Ghezzal de reculer, Fournier permet à son équipe de mieux couvrir la largeur. La Gantoise ne peut plus vraiment s’appuyer sur les renversements de jeu de sa défense pour rentrer dans les 30 derniers mètres.

Le problème pour l’OL, c’est que La Gantoise a une réponse immédiate à ce choix délibéré de reculer. Avec un Ghezzal désormais obligé de jouer plus bas, l’OL perd un élément de sa ligne de quatre du milieu. Résultat, de plus grands espaces à attaquer pour les défenseurs belges à la gauche de Ferri. C’est évidemment Nielsen, le stoppeur droit, qui prend ses responsabilités. Car ce recul de Ghezzal ne s’accompagne pas non plus d’un regain d’agressivité des Lyonnais au milieu de terrain.

S’ils limitent l’influence de Neto et Kums dans l’entrejeu, les Gones ne font toujours rien face aux trois défenseurs. La Gantoise prépare donc désormais ses actions côté gauche pour libérer ensuite Nielsen à droite. Dépassant Ferri, coincé entre Neto et sa position, le défenseur a tout le temps de chercher ses trois attaquants dans les espaces dans l’axe ou ses latéraux, toujours dans des positions avancées sur les ailes.

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Ferri et Malbranque ont beau être proches de Neto et Kums, ces derniers ont toujours la possibilité de s’appuyer sur Asare ou Mitrovic pour sortir de la zone chaude. Le jeu ressort ensuite sur Nielsen, qui a le champ complètement libre à l’opposée pour s’avancer.

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Une fois dans le camp adverse, le défenseur a de nombreuses solutions à sa disposition.

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Schématiquement, l’organisation de La Gantoise : 5 joueurs pour construire et 5 solutions au contact de la défense adverse.

Au coeur de la première mi-temps, l’OL mène toujours au score mais est dominé territorialement et sur la plan de la possession de balle par son adversaire. A la pause, celle-ci s’élève à 58% pour La Gantoise contre seulement 42% pour l’OL. Sur une mi-temps, Lyon n’avait d’ailleurs jamais autant laissé le ballon à un adversaire depuis le début de saison (excepté le PSG lors du Trophée des Champions). Hier soir, la formation belge a fait mieux que Bordeaux (54%, 1ère mi-temps), Marseille (53%, 1ère mi-temps) et Reims (53%, 2ème mi-temps).

Et elle est payée de ses efforts puisque Milicevic égalise sur une joli coup-franc direct (31e). Avant ce but, Neto (10e) et Dejaegaere (21e) ont tenté leurs chances mais n’ont pas trouvé le cadre. L’attaquant a une autre opportunité juste avant la pause mais Lopes sauve les meubles (42e). Dans l’autre but, Sels a quelques arrêts à faire mais les tirs de Lacazette et Rafael viennent de trop loin pour l’inquiéter.

Malgré la domination belge, l’OL a pourtant des coups à jouer en contre. L’allant offensif de La Gantoise les met en effet à la merci des attaques lyonnaises lorsque les ballons n’arrivent pas à destination. En raison de leur position avancée, les latéraux sont souvent dépassés dès la perte de balle et de grands espaces sont exploitables dans leur dos. Mais la défense de La Gantoise tient le choc dans les duels en attendant le reste de son bloc, qui redescend plus vite que les projections lyonnaises.

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Lorsque l’OL récupérait le ballon, Lacazette et Valbuena pouvait se retrouver en situation d’égalité numérique avec les défenseurs adverses restés en couverture. Mais les adversaires arrivaient généralement à proximité plus rapidement que les soutiens.

L’autre solution : 

A la pause, le score n’est que de 1-1 mais l’OL vient de recevoir une véritable leçon tactique de la part d’un adversaire agréable. La Gantoise n’a absolument pas été gêné par le positionnement plus défensif des Lyonnais, trouvant à chaque fois un circuit de passes capable de mettre à mal leur défense.

Il était pourtant clair que la solution pour les Gones devait venir d’une plus grande activité face à la relance belge. Au lieu de reculer, Ghezzal aurait d’abord pu se joindre à Valbuena et Lacazette pour mettre la pression sur les défenseurs chargés des renversements de jeu. Si ces derniers ont paru aussi à l’aise, c’est en effet d’abord parce que les Lyonnais leur ont laissé trop d’espaces pour s’exprimer et ajuster leurs transversales.

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Avec Valbuena, Lacazette et Ghezzal, l’OL avait la possibilité d’opposer un 3 contre 3 à la défense adverse et forcer le jeu long du gardien de but.

Même chose dans l’entrejeu par la suite, lorsque La Gantoise s’est mis à contourner le bloc lyonnais pour libérer Nielsen côté droit. Positionné devant la défense, Tolisso se retrouvait sans adversaire au départ de l’action et complètement à découvert par la suite (puisque Ferri était dépassé par la montée du défenseur). En montant d’un cran, il aurait pu permettre à son partenaire du milieu de jouer plus haut et ainsi de bloquer Nielsen dès sa prise de balle.

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Le problème du positionnement bas de Tolisso : Ferri seul contre deux adversaires et une zone trop grande à couvrir.

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Comment régler le problème : monter d’un cran pour bloquer Neto et ainsi permettre à Ferri d’attaquer Nielsen.

Deuxième mi-temps : l’OL s’adapte, La Gantoise s’accroche 

C’est dans cet esprit-là que l’OL entame la deuxième mi-temps. Finie la passivité face à la relance belge, les Gones jouent plus haut après la pause sous l’impulsion de Ferri, Valbuena et Rafael. Le latéral droit sort beaucoup plus de sa défense afin d’aller chercher le latéral adverse, permettant ainsi à Valbuena d’aller sur Asare ou Mitrovic.

Au lieu d’être à 3 contre 5, les Lyonnais se retrouvent désormais 4 contre les adversaires chargés de sortir le ballon de leur moitié de terrain. Conséquence, ils sont assez pour priver le porteur de balle d’une solution courte. Les relances sont beaucoup moins propres pour la formation belge qui balance beaucoup plus, s’en remettant à Depoitre en pointe pour « nettoyer » les ballons. Sauf que l’avant-centre n’est pas dans un grand soir (1 ballon perdu sur 4 joués).

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Rafael va chercher Saief, ce qui permet à Valbuena et ses milieux d’évoluer plus haut sur le terrain.

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L’OL se retrouve à 4 face à la relance à 5 de La Gantoise.

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« Libéro » de la défense belge, Mitrovic n’a plus de solution courte et est forcé de prendre des risques (balle au pied) s’il ne veut pas jouer long.

Cette avancée du bloc lyonnais a pour conséquence de renverser la bataille pour la possession en leur faveur (57% pour l’OL, 43% pour La Gantoise après la pause). Avec le ballon, les Gones retrouvent leurs habitudes et vont construire sur les ailes, utilisant la largeur pour mettre à mal les latéraux adverses. La Gantoise montre d’ailleurs quelques limites avec des problèmes dans certains duels alors que l’avantage numérique à proximité est en leur faveur.

L’OL réussit donc à s’installer dans le camp adverse (136 passes dans le dernier tiers en deuxième mi-temps contre 70 en première mi-temps) mais la formation de Hein Vanhaezebrouck tient le choc. Les centres passent devant les buts de Sels, qui n’a finalement que deux arrêts à faire sur des tirs provenant de sa surface (Valbuena, 50e et Ghezzal, 61e) auxquels il faut ajouter une tentative de loin repoussée (55e).

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En phase défensive, La Gantoise fait bloc dans l’axe et se replie en nombre dans sa surface lorsque l’OL décide de passer par les côtés.

Conclusion : 

Dominé dans le jeu en deuxième mi-temps (seulement 4 tirs contre 12 pour l’OL), La Gantoise s’en remet finalement à un corner à la dernière seconde pour arracher la victoire (2-1). Un second but qui sonne comme un hold-up sur la seule deuxième mi-temps mais ô combien mérité lorsque l’on s’arrête sur la prestation d’ensemble des joueurs belges.

« Petite équipe » du groupe, celle-ci a fait preuve d’une grande intelligence tactique depuis le début de la compétition et se retrouve avec son destin en mains (et la Ligue Europa assurée) à l’orée de la dernière journée. Impressionnant à l’aller sur le plan du pressing, les Belges ont cette fois fait une démonstration d’animation pour déjouer les plans trop défensifs (ou passifs) de son adversaire pour ce niveau de compétition.

Certes, l’OL a réagi en deuxième mi-temps et a mis en exergue les limites adverses (dans les duels, sous la pression…) après avoir fait remonter son bloc. Mais le problème est justement d’avoir eu besoin de 45 minutes pour s’y mettre. Si la Ligue 1 peut le permettre, la Ligue des Champions le sanctionnera à chaque fois. Une leçon à retenir si l’OL veut revenir la saison prochaine dans un autre rôle que celui de simple figurant (bien payé il est vrai, mais figurant quand même).

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